mercredi 28 décembre 2022

Hierophant | Mass Grave

Le combo italien de Hierophant avait déjà été abordé sur Thrasho, à l'occasion de son premier disque éponyme plutôt prometteur, puis de Great Mother : Holy Monster, qui avait un peu déçu en se fondant parmi le brouillard de groupes crust/hardcore existant déjà. Seulement, depuis est apparu Peste, et mon intérêt est remonté en flèche. Car Peste commençait à méchamment jouer dans la cour du death puant le soufre et la sueur.

Et Mass Grave continue sur cette voie, s'y enfonce même, se noyant à grands cris dans ce nouveau courant. Il réussit l'exploit de résumer son propos en une première piste de quarante secondes au titre évocateur, 'Execution Of Mankind'. Quarante secondes de pur chaos, de blasts dévastateurs et de riffs d'abord à peine déchiffrables, puis franchement death, et les présentations sont faites. Comment ça, vous devez y aller ? Les festivités ont à peine commencé !

En tout cas, que vous restiez là ou pas, Hierophant continue son carnage en règle. Les influences -core ont à peine place à être mentionnées ici, tant tout est écrasé par le death, entre riffs de 36 tonnes, étouffés bien sentis et lignes mélodiques (très, très fugitives, mais tout de même) semées çà et là. 'Forever Crucified' s'autorise tout de même un semblant de breakdown à 1:00, s'abattant de tout son poids sur l'auditeur.
Le temps de remettre votre cerveau en place (avec le headbang, ça glisse vers l'avant), et les italiens changent de ton. Avec le titre éponyme un mid-tempo fait son entrée, sans calmer le jeu pour autant : en ralentissant le rythme, Hierophant se fait oppressant, écrasant, presque funéraire, gagnant en poids ce qu'il perd en vitesse. Les riffs de 'Mass Grave', 'In Decay' et 'Sentenced To Death' ont même un côté majestueux, planant au-dessus de vous de leurs ailes sombres, vous donnant l'impression de marcher sans but dans le glauquissime cimetière de la pochette. La grande classe, quoi.

Alors oui, tout le monde le pense, donc on va le dire : Hierophant prend depuis Peste la direction du Nails nouveau, dérivant de ses tendances crust presque d-beat pour un death/thrash sans concessions, avec cependant deux ans d'avance sur le Todd Jones trio, et en s'éloignant encore plus que les américains de leur passé hardcore. Mass Grave n'est autre que l'aboutissement de ces nouvelles avancées, et c'est une sacrée branlée, qui ne ralentit le tempo que pour vicieusement laisser ses riffs s'infiltrer et poser ses ambiances comme un brouillard acide.
La production sert parfaitement ce but, les guitares sont massives et organiques, la basse fait son boulot poisseux à l'arrière et la batterie sonne bien naturelle, semblant subir autant qu'elle matraque. La voix se fond dans le mix, audible sans être trop en avant, vomissant ses insanités à grands jets de growls d'outre-tombe tout droit sortis de la grotte la plus humide que vous puissiez vous figurer. Et encore, cette comparaison à rallonge ne rend pas justice au grizzly décharné qui enrage tout au long du disque.

C'est intense et chargé ras la gueule, mais le format très court de l'album met fin à nos souffrances avant tout sentiment de lassitude ou de trop-plein. La lancinante dernière piste 'Eternal Void' laisse place à un long moment de bourdonnement artificiel, qui s'allie parfaitement au néant ébété dans lequel on flotte après une telle raclée.


Si il y a une leçon à retenir ici, c'est celle-ci : quand un groupe fait appel à Paolo Girardi pour son artwork, c'est que ça va chier.

Whitechapel | Our Endless War


On a parlé du Whitechapel nouveau, il est maintenant temps de parler du Whitechapel grand cru, celui de la grande forme, où la scie circulaire a été la plus dévastatrice à mon sens. Après avoir découvert le combo du Tennessee grâce à leur album éponyme, c'est sur ce Our Endless War sorti en 2014 que j'ai pris une énorme claque et que j'ai définitivement accroché au groupe.

Dès la première piste on sent venir l'album à moshpits, alors que l'infatigable Ben Harclerode attaque à rythme bien soutenu, que les cordes de 2 centimètres d'épaisseur sonnent à vide dans la joie et que Phil Bozeman beugle un "let's go" aussi cliché que graveleux. La fête du chugga-chugga sur fond de double pédale saccadée est ouverte, le ton est donné et restera maître tout au long du disque, les blasts et screams étant un peu laissés de côté au profit de la lourdeur façon caterpillar.

La locomotive est lancée à pleine vitesse et semble s'emballer de piste en piste, en passant par la diction sous speed du hurleur sur 'The Saw Is The Law' et son riff groovy, les étouffés sautillants de 'Mono', le breakdown basique mais monstrueux de 'Let Me Burn', le ralenti de 'Worship The Digital Age' qui donne l'impression que le ciel descend peu à peu sur nos têtes (par Toutatis), ou encore la noirceur de fin du monde de 'Blacked Out'. 'Diggs Road', qui termine l'album, montre une facette plus progressive de Whitechapel et s'essaye à des mélodies plus complexes qui s'accordent parfaitement au ton nihiliste des textes d'un Bozeman torturé.
Que dire de plus ? Les sept cordes sonnent djenty à souhait, la batterie est triggée à mort et tartine comme jamais, et la voix est fidèle à elle-même, restant sur le trône des growls les plus caverneux de la scène moderne. Grumpf.

Alors oui, on sait, le deathcore c'est tout le temps pareil, et d'après certains fans déçus par la nouvelle direction c'est encore plus tout le temps pareil ici. Mais on ne demande pas au deathcore de se renouveller ou de révolutionner quoi que ce soit, on apprécie juste de se faire écraser par un rouleau compresseur de cordes graves et de fûts martelés. Whitechapel fait un peu toujours la même chose, mais il le fait mieux que les autres, sur ce disque plus que jamais.

P.S. : La version deluxe de l'album propose deux titres de plus, qui raviront les fans de la première heure par le retour des blasts et de la voix la plus porcine de Bozeman. "Bleeding from the anus", ça c'est de la phrase d'accroche, on y pense pas assez pour un dimanche en famille, c'est délicieux.

God Mother | Maktbehov

Fans de Converge, Gaza et autres Cursed, réjouissez-vous : la nouvelle mouture chaotico-hardcore-vaguement-blackened est là, et elle est de haut niveau. God Mother débarque de Suède dans tes dents et utilisera tous les moyens en sa possession pour saper les forces de son auditeur tout en lui donnant envie de donner de grands coups de poing dans les murs.

L'album démarre avec tout à fond, et autant prévenir tout de suite : le rythme ne ralentira pas. On le sent venir de toute façon, quatorze titres pour une demi-heure, avec des titres allant de 30 secondes (oui oui) à trois minutes, ça annonce forcément du brutal.

God Mother a attentivement étudié les leçons de ses maîtres : les accents punk vont très vite, les touches de hardcore défoncent en règle, les breakdowns sont aussi lourds que vite finis... On est même rapidement tenté de faire la comparaison avec Converge, oui, ne serait-ce que pour cette voix hargneuse aux accents Bannonesques, en plus grizzly. Mais pour ma part, God Mother n'est pas qu'une énième copie de ses patrons. Il y a ici une honnêteté, une urgence à brutaliser, un vent frais qui fait que God Mother sonne comme du... God Mother, et pas comme tout le monde, ne serait-ce que par sa manière de tout mélanger et de surfer sur les styles sans jamais s'éterniser, de sa guitare crade mais acérée et de sa basse-rouleau-compresseur.
Parlons-en, de la basse, tiens. De son son massif, elle plane sur tout l'album, l'asseyant de toute sa puissance, écrasante sur des titres comme 'Blodfors' ou 'Ophiuchus' avec ses moments de gloire taillés pour le moshpit. La batterie n'est pas en reste, implacable, claquant break sur break, non sans rappeler le dévastateur boulot du marteleur des Baptists.

Evidemment, tout n'est pas non plus sans faute. Quatorze pistes, même courtes, restent quatorze pistes, et si la violence ininterrompue de cet album fait sa force, elle est peut-être aussi un peu sa faiblesse sur la longueur. Un rythme de croisière s'installe, et on commencerait presque à trouver le temps long quand à la fin déboule cette dernière piste, plus longue que les autres, trompeuse par son premier abord beatdownesque mais qui laisse très vite suinter un black qui prend au dépourvu autant qu'il botte des culs. 'Eyes Bleached' clôt l'album de superbe façon, dans un maelström de guitares décapées à la javel et de voix torturée en retrait, faisant oublier la torpeur qui commençait légèrement à se pointer dans les dernières chansons.


Maktbehov
signifie "besoin de puissance" en suédois. God Mother n'a aucun besoin de puissance supplémentaire, elle lui sort par les yeux sans se forcer le moins du monde, avec une hargne et un déchaînement qui font plaisir à voir.

Carnifex | Slow Death


Carnifex est depuis quelques temps déjà un nom qu'on ne cesse de croiser dans les rayons estampillés "podium du deathcore" (non, ces rayons n'existent pas mais avouez que c'est une idée). Découverts avec Die Without Hope, l'album précédent, je les avais classés dans la catégorie du deathcore générique, un peu répétitif, à essayer de se donner un genre sans vraiment y parvenir.
Et puis, ce Slow Death ayant une pochette pas franchement dégueulasse, et n'ayant, il faut le dire, plus grand-chose à me mettre sous la dent dans ce style qui tourne vite en rond, j'ai jeté une désinvolte (mais néanmoins décollée) oreille dessus. Bien m'en prit.

Bien m'en prit car Carnifex a enfin décidé d'assumer pleinement ses influences. Ils aiment le black, et ils se sont bien décidés à en tartiner allégrement leur musique, sans y aller avec le dos de la cuillère. Ou du couteau. Dès l'intro de 'Dark Heart Ceremony', les violons et les claviers sont lâchés, instaurant une ambiance pleine lune – arbres tordus - pierre de sacrifice qui reviendra régulièrement au long du disque, sur 'Drown Me In Blood', 'Six Feet Closer To Hell' ou encore 'Countess Of The Crescent Moon'. Quoi ? Pourquoi vous ricanez ? Ah, les titres des chansons ? Oui, il faudra vous y faire, que ce soit les textes, le maquillage du chanteur ou les ambiances, Carnifex aime le grandiloquent, le khôl et les bracelets à clous. En même temps, le groupe s'appelle "boucher" ou "exécuteur" en latin, vous étiez prévenus...

Le black, donc, gagne en puissance chez nos joyeux drilles. Pas du trve black des pays froids, bien évidemment, plutôt du black symphonique à la Dimmu Borgir ou Cradle Of Filth, et quelques moments de bravoure sont donc à noter, comme en plein milieu de 'Slow Death' ou sur 'Black Candles Burning' (oui, je sais, haha les titres).
Le côté deathcore n'est pas laissé de côté non plus, les breakdowns aux relents de bassdrop sont parfaitement lourdingues, 'Black Candles Burning' ou 'Necrotoxic' sont là pour en attester, dans la joie et la bonne humeur. Excusez-moi, je cherche mes dents.
L'ambivalence est bien dosée, les genres se mêlant bien contre toute attente, fusionnés par un djent groovy, quasi-sautillant, qui fera bouger votre nuque toute seule sur 'Drown Me In Blood' ou 'Six Feet Closer To Hell', et aidés par un mix solide, à la batterie mastoc et aux guitares accordées dans les chaussettes. Une sorte de Thy Art Is Murder en pleine phase goth qui passerait son temps à se balader dans les cimetières.
Mais c'est la voix qui lie la sauce, aussi ambivalente que la musique. Scott Ian Lewis est en pleine forme et se balade entre les styles comme entre les pierres tombales, passant avec aisance du growl caverneux au hurlement perçant comme si de rien n'était.

Le découpeur de viande se hisse donc d'un cran avec cet album, et assume son délire malgré une attitude parfois un peu empruntée. Sans prétendre révolutionner un style qui de toute façon ne le sera plus, il ajoute son ingrédient secret et renouvelle tout de même un peu la recette. Et pour l'ingrédient secret, eh bien, allez jeter un oeil sur le clip de 'Drown Me In Blood'.

Oathbreaker | Rheia

Il est des oeuvres denses et fluctuantes, des albums devant lesquels on reste bouche bée et avec une opinion qui joue au yo-yo avant de se fixer. Des disques qui laissent comme un con, quoi. Et celui-ci ne déroge pas à la règle.
Oathbreaker remet le couvert, après un Mælstrøm prévisible, et un Eros|Anteros qui quittait de manière très prometteuse les sentiers battus. L'artwork prévient tout de suite : le nouvel opus des belges sera aussi sensuel et doux que sombre et pénétrant. Ces promesses sont-elles tenues ? Oh que oui. Et bien plus encore.


Après nous avoir traînés au bord de l'abysse et nous avoir encouragés à regarder l'obscurité en face, on nous propose maintenant une plongée en eaux glacées. Oathbreaker abandonne quasi-totalement son côté chaotique-hardcore, ciao Converge, pour ne garder qu'un black metal très mélo fourni d'éléments post-rock et shoegaze, ne manquant pas de rappeler Deafheaven (voir la fin de 'Immortals'). Ainsi dépouillé, le combo met plus que jamais en avant son atout premier, celui qui fait la majeure partie de son identité : sa chanteuse. Dès les premières lueurs de la voix claire et habitée de Caro Tanghe, j'ai senti avoir affaire à un truc hors du commun.
Alors que sur Eros|Anteros, le chant était majoritairement crié et ne s'adoucissait que pour accorder un peu de répit bien mérité, le contraire s'applique sur Rheia : les hurlements n'entrent en jeu qu'à des moments bien choisis. Mais quoi qu'elle fasse, la voix porte l'album de bout en bout. Entre sorcière éthérée et goule aux griffes acérées, Caro caresse, séduit, déchire les chairs et glace le sang, passant de l'un à l'autre le plus naturellement du monde. Les cinq premières minutes le prouvent : '10:56', courte ballade quasiment a capella, glauque et hantée, laisse sans transition place à 'Second Son Of R.', terrifiante fulgurance black dont le final hors normes aux hurlements possédés me colle des frissons à chaque fois. Un petit exorcisme ne serait pas du luxe.

Au fil des écoutes, il apparaît très vite que, même si elles se suivent mais ne se ressemblent pas, il est très difficile de séparer les chansons de Rheia pour en parler individuellement. L'album coule comme un fleuve, chaque vague et chaque caillou ne formant qu'un tout, un cours d'eau bouillonnant mais homogène. Même l'acoustique 'Stay Here/Accroche-Moi' et l'ambiante 'I'm Sorry, This Is' se fondent dans la masse, amplifiant l'impression de fragilité et de danger qui plane sur tout le disque. Tout ici est à fleur de peau, au bord de la rupture.
Fragilité qui se ressent jusque dans le son : les guitares (désormais au nombre de deux puisque le bassiste a pris le poste de second guitariste, laissant la quatre-cordes à un nouvel arrivant) sonnent plus tranchantes que massives, et la batterie plus organique qu'auparavant. Ce qui n'empêche pas les riffs de rester plus que consistants et que tout cela blaste à souhait, 'Being Able To Feel Nothing' démontrant tout cela à la perfection à elle seule.

Mais c'est la lecture des paroles qui livre les dernières clés permettant d'appréhender Rheia. Caro Tanghe s'y dévoile, sans artifices, aussi terriblement honnête face à son public qu'elle doit l'être avec elle-même. Entre '10:56' qui raconte un glaçant souvenir d'enfance, 'Needles In Your Skin' où elle déballe son ressenti face au décès d'un proche dans une froide chambre d'hôpital, ou encore le final de la troisième piste où elle scande "it's so strange, being able to feel nothing" à s'en déchirer les cordes vocales, elle se met à nu, faisant des chansons de véritables déversoirs, aussi cathartiques que possible. Tout prend alors sa place, les trésors de l'album comme ses moments un peu longuets : l'être humain, fragile, tourmenté, connaît la plus pure violence comme les passages à vide. Et nul besoin d'exorciste, finalement : Caro exhume ses démons et les sublime pour mieux les réduire en poussière toute seule, comme une grande.

A la relecture de ce billet, je me rends compte que j'aurais tout aussi bien pu copier-coller "tout est génial" sur trois pages. Mais il est difficile d'être impartial lorsqu'on se fait ainsi transporter, lorsqu'on s'apaise comme l'on frissonne à l'écoute d'un disque. Rheia est aussi horrifique qu'il est sexy, si prenant et enveloppant qu'on lui pardonne ses quelques moments de creux. Pareil au baiser de la sorcière, ondulant et comme doté d'une vie propre, il épuise et meurtrit. Mais on y revient jour après jour, sans résistance. Sans même y penser.

Code Orange | Forever


S'il y a bien un truc que Code Orange sait faire, c'est faire monter la hype. A grands coups d'appels au ralliement (les "Thinners Of The Herd"), de posts mystiques sur les réseaux sociaux et de clips symboliques, ils imposent leur suspense. On ne sait pas toujours quel message ils veulent véhiculer, ni quelles révolutions ils défendent, mais force est de constater que la méthode marche : leur nouvel album Forever était largement attendu au tournant.

Je dois avouer que, sans pour autant croire comme certains qu'il allait "changer le game", j'étais moi aussi assez curieux d'entendre ce qui allait précéder à I Am King, la fulgurante claque qui avait prouvé que les Code Orange n'étaient définitivement plus des Kids.
Une petite phrase d'introduction de Dark Vador sous amphètes, et on retrouve le hardcore froid et millimétré propre au quatuor de Pittsburgh. L'évolution déjà bien annoncée dans l'opus précédent continue ici : à la chaleur organique et crasseuse de Love Is Love // Return To Dust succède une froideur industrielle, un véritable blizzard dans une usine, et pas une sympathique ébénisterie artisanale, non, une usine tout droit sortie des Batman de Tim Burton, dans les réservoirs débordants d'acide, la vapeur chimique et les machines rouillées au vacarme infernal.

Oui, le mot a été lâché, alors disons-le franchement : Code Orange devient industriel, même dans ses effusions les plus chaotiques. Pour le meilleur - des beatdowns éléphantesques aux accélérations métalliques, des braillements criards du batteur aux growls du guitariste, tout est réglé et calculé, porté par des guitares d'acier et une basse plus ronflante que jamais – mais aussi pour le pire : les passages ambiants sont assez mal amenés et arrivent le plus souvent comme un cheveu sur la soupe (ou comme une chèvre dans le pit si vous préférez). Qu'ils prennent la forme d'une brusque coupure en pleine chanson comme dans 'Kill The Creator', ou d'une piste complète comme 'Hurt Goes On', on a plutôt tendance à se demander ce que ça fout là qu'à profiter de l'ambiance.

C'est en fait dans ses innovations les plus osées que ce Forever trouve ses moments de gloire. Sur quatre des membres du groupe, trois ont monté ensemble un projet de pop-rock indie, Adventures, et leur meilleure idée a probablement été d'ouvrir les vannes et de laisser ce penchant se déverser sur Code Orange, donnant naissance à des chansons n'ayant rien à faire sur un disque de hardcore, et pourtant étrangement à leur place. 'Bleeding In The Blur' et 'Ugly' se traînent dans l'huile, poisseuses et sombres, révélant la voix prenante et habitée de Reba Meyers, qu'elle devrait, comme l'a dit Sagamore, utiliser bien plus souvent.
Le reste n'est que moshparts et poings dans la gueule, si on me passe l'expression, comme les quatre joyeux drilles ont toujours su le faire, mêlant à leur hardcore fiévreux une ferme intention d'exploser la boîte crânienne de leurs auditeurs. Pas bien original, mais comme vous le dira n'importe quel musclé en train de mosher : "je n'en ai cure".

Code Orange sait ce qu'il fait, Code Orange est efficace, mais Code Orange manque un peu de fond : à force d'essayer de poser des ambiances sans qu'elles n'aient vraiment de but, l'excitation retombe. Mais les nouvelles couleurs apportées révèlent de beaux points forts, et on secoue toujours la tête à s'en démettre des vertèbres : que demande le peuple ?

Whitechapel | Mark Of The Blade


On a tous des groupes qu'on a toujours aimé et qu'on aimera toujours entendre. Que ce soit parce qu'on les a écoutés en grandissant, parce qu'ils ont accompagné une période importante, ou parce qu'ils bottent des culs par caisses de dix en live, leur son reste familier et agréable à retrouver.

Whitechapel c'est un peu tout ça chez moi : le combo du Tennessee a formé ma culture du métal, m'a donné la hargne quand j'en avais besoin, et m'a pilonné le crâne en concert.
Alors, après un Our Endless War plus énervé, concis et mieux écrit que jamais, que donne la cuvée 2016 ?

Commençons par dire l'évident : c'est carré, efficace, la voix est irréprochable, la batterie en fait des tonnes, bref, c'est Whitechapel. Mais dès les premières écoutes, difficile de rentrer dedans, je ne retrouve pas la baffe monstrueuse qu'était l'album précédent de sa première à sa dernière note. Pourtant, le début laisse présager de bonnes choses : le duo 'The Void' et 'Mark Of The Blade' présente une intro bien musclée, prouvant que la simplicité peut amplifier la puissance, la deuxième faisant figure d'hymne à la scie circulaire emblématique du groupe. Pourquoi se faire chier à chanter la beauté de la brume du matin ?
C'est ensuite, avec 'Elitist Ones', que les choses se gâtent. La basse massive et la voix graveleuse à souhait de Phil Bozeman ne suffisent pas à sauver la chanson, et ainsi apparaît le défaut principal de l'album : la simplification mentionnée plus haut. Exit les chansons à tiroirs et sans structure définie, allant toujours plus loin dans la violence. On s'approche souvent du schéma couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain, et quand les refrains sont sans grand intérêt, et répétés trop de fois, les morceaux peuvent vraiment paraître longs.
On peut également mentionner la prod, qui elle aussi a pris un coup de mou : la batterie sonne moins massive (alors que le deathcore est un des rares styles dans lequel le triggage poussif ne me gêne pas), les guitares sont un tantinet moins percutantes... Le mur de son habituel se fissure.

Autre nouveauté également chez Whitechapel, qui a fait couler pas mal d'encre : le chant clair. 'Bring Me Home', contre toute attente, réussit à éviter les clichés et prend la forme d'une chanson sensible et à fleur de peau. 'Decennium', qui clôture l'album, par contre...
A part ça, qu'on se rassure : on a toujours envie de donner des coups de poings dans les murs, merci la lourdesque fin de 'Tremors', et le très hardcore passage de basse de 'A Killing Industry'.

Il y a quelques grains de sable dans les rouages, mais ils n'obscurcissent que très peu le plaisir de les retrouver : Whitechapel conservent leur place de maîtres du deathcore. Et pour ceux qui trouveraient vraiment le chant clair imbuvable, dites-vous que ça pourrait sonner comme la dernière chanson de Suicide Silence.